Des lunettes noires ? Si c'est tout ce dont il avait besoin pour parfaire son costume de videur, Alegon n'aurait pas de mal à en trouver bien que l'idée de porter des lunettes de soleil à la nuit tombante lui semblait assez idiot.
Il serra la main de Tania comme pour sceller définitivement son contrat avec elle, puis il sortit retenant les prénoms de ses futurs collègues John et Matthias, un vampire et un loup ... Pour Alegon qui se limitait à la vision étroite que tout les gens possède sur ce monde, apprendre soudainement (ou presque) que les limites fixés par les hommes n'étaient que foutaises le mettait dans un état de légère hébétude.
C'est donc d'un pas hésitant qu'il se dirigea vers la salle des vestiaires des videurs, là un homme l'attendais, assez svelte élancé, un homme noir avec des cheveux tressés poivre et sel, un costume aussi noir que l'encre de chine et des lunettes de soleil mal mises et glissantes le long de son arrête nasale, seul le blanc de sa chemise ressortait, il aurait pu se mettre dans l'ombre d'un placard qu'Alegon ne l'aurait pas repéré.
Le videur quitta la chaise sur laquelle il était assis, se redressa et remonta ses lunettes qui se mirent à glisser aussitôt, à vue d'oeil il avait la même taille que le nouveau du service, mais il se dégagé de lui une forme d'énergie inquiétante qui donnait l'impression qu'il mesurait le double de sa taille.
D'une voix forte mais pas agressive il lança :
- T'es le nouveau je pari !Sa voix était rauque et légèrement enroué, puissante mais rassurante à la fois, après quelques secondes nécessaire à une bonne appréhension de la situation l'ex-avocat se ravisa et lui répondit.
- Oui Al...Arthur Smith enchanté ... euh ... Monsieur Matthias ?Alegon tendait la main en l'attente d'une poignée de salut qui ne vint jamais, il avait déduit que celui qui était en face de lui était Matthias car il semblait être âgé, même si aucune ride ne parcourait son visage si ce n'est celle que l'on voit sur tout les visages lorsque l'on active des muscles pour sourire ou froncer les sourcils.
- En effet je suis Matthias, et ton supérieur dans bien des domaines à compter de cet instant. Obéis-moi, fait ce que je te demande et tout se passera bien, t'aura peut être même droit à des susucres ... Avise-toi seulement de tenter de me désobéir ou de faire des trucs dans mon dos et je te ferait subir des choses pires que la mort, et tu auras alors droit au collier et à la laisse comme les chiens désobéissants.Sur ces derniers mots les yeux de Matthias plongèrent dans ceux d'Alegon et le vieux loup transperça le jeune comme si il avait une épée glaciale à planter dans les entrailles de son nouveau jouet.
Intimidé par cet avertissement le jeune videur répondit avec peine.
- C...Com ... Compris !Il souffla reprit peu à peu le dessus sur sa peur puis attendit que l'autre lui dise quoi faire.
- ... Bien ... Suis moi je vais te présenter John, je sais pas ce que tu pense des vampires mais abstient toi de faire des boulettes avec lui, on bosse depuis si longtemps ensemble que c'est ce que j'ai de plus proche d'un ami t'avises pas de dire des choses contre lui ! - Euh ... bien monsieur ! Même si je vois pas ce que je pourrais dire contre lui je le connais pas et les vampires encore moins.Matthias s'arrêta soudain de marcher fit volte face et jugea Alegon du regard.
- T'es vraiment un bleu de chez bleu toi !- Je crois bien monsieur !Dis le jeune homme avec un sourire gêné sur le visage, le vieux loups se rapprocha de lui se pencha vers le nouveau et lui dit avec un sourire carnassier :
- Je t'en prie appelle moi Matthias, tes "monsieur " à tout bout de champs ça me saoul.- Ok Mon... euh .. Matthias !- Bon allez on va pas y passer la nuit suis moi !Alegon suivit Matthias jusque devant la boîte là il fit la connaissance de John, un grand type baraqué au teint livide, il ressemblait à une caricature de "gorille de boîte" version MIB, il était plus grand que les deux loups d'une bonne tête et musclé comme pas permis. John se montra plus amical que Matthias, Alegon observa les deux videurs au travail et appris les horaires de rondes pour savoir quand il devrait prendre leur place pour qu'ils aillent faire dieu sait quoi. Trois heures plus tard il décida qu'il était temps de rentrer chez lui il dit donc au revoir à ses deux nouveaux collègues et s'en retourna chez lui à travers cette ville puante et bruyante autant le jour que la nuit, la lune était belle et éclairée suffisamment le chemin pour éviter de se prendre les pieds dans les trottoirs cassés...